Texte de Laura Gowen, artgenève, Genève, Suisse, Janvier 2019

Marta Zgierska, originaire de Lublin (Pologne), débute son activité artistique en 2012, après un diplôme en photographie de l’Ecole Leon Schiller (film, télévision, théâtre) et une maîtrise en théâtrologie et en journalisme de l’Université Marie Curie-Sklodowska.

Sa série la plus connue, intitulée Post (2013-2015), renvoie à une partie de son histoire personnelle suite à un grave accident de voiture en 2013 suivi de plusieurs mois de psychothérapie et rééducation. Ce travail lui a valu le prestigieux prix HSBC pour la photographie en 2016 et a fait l’objet d’importantes expositions internationales. La série Post, imprégnée de rêves et d’obsessions dans une atmosphère de silence suspendu, invente un language visuel et une esthétique devenus la signature de l’artiste.

Son corps est souvent le point de départ de l’action créatrice et matière première dans sa pratique artistique à travers des étapes performatives qui lui permettent de faire converger à la fois la mémoire de l’experience traumatique, le caractère du medium photographique et la confrontation avec la réalité.

Les séries Numbness (2016), Drift (2017) et Afterbeauty (2018) sont crées à partir de prises de vue effectuées lors de performances longues et exténuantes impliquant l’application de différents matériaux sur son propre visage ou sur son corps. Ces matériaux, allant du plâtre au tissu, chargés de contenu sémantique, donnent naissance à des autoportraits non conventionnels sous forme de masques isolés dans la téâtralité de la mise en scène. Très sculpturales, ces enveloppes charnelles à la fois mystérieuses et élégantes portent les traces et les stigmates de traumatismes, souffrances passées ou simplement de changements inévitables. Loin des masques tragiques grecs ou des portraits expressifs du XIXe siècle, les masques de Marta Zgierska prennent vie dans la paradoxale ambiguïté entre puissance et fragilité.

La série Afterbeauty (2018), présentée à artgenève, est réalisée à partir de masques de beauté après utilisation. La performance est poussée à l’extrême par un processus de répétition et le rituel de superposition de couches sur la peau est reproduit jusqu’aux limites du possible, sans que cela ne devienne nuisible. Le résultat photographique est l’image d’une matière colorée à première vue abstraite. L’autoportrait est ainsi privé de tout genre ou trait expressif, sans référence d’échelle ou de contexte. Cette image, réduite à une forme essentielle, dirige le spectateur vers une pure expérience esthétique. A travers Afterbeauty, l’artiste questionne la notion même de beauté en contestant les canons habituels de la beauté feminine et la pression que la société contemporaine exerce sur l’image de la femme.

Laura Gowen, Gowen Contemporary Gallery